
Compostelle: un chemin de vie ou Le long sillon de la transformation Jamais mes mots Ne sauraient être assez beaux Pour décrire le camino de Santiago. Alors que faire? Écrire ou me taire? Impossible pourtant de me soustraire! Comment pourrais-je passer sous silence Cette merveilleuse, cette magnifique abondance
Qui fait fleurir en moi la confiance? Dès lors il me faut d'abord exprimer Toute cette beauté, cette enivrante liberté, Cette intensité et surtout cette magique simplicité Dont je me suis jour après jour délectée... Sans oublier cette incroyable générosité Qui m'a été maintes fois manifestée. Tant de moments inoubliables Où l'émotion devient palpable Et le coeur, malléable...
Vivre tant de petites et grandes choses Suscite une inévitable métamorphose, Engendre presque une osmose : Oui, il existe bel et bien, Depuis des temps fort anciens, Entre le chemin et chaque pèlerin, Une intime communion, une intense passion, Qui les fait chanter à l'unisson, Vibrer au même diapason...
Comment expliquer tout cela? Il faut s'imaginer, marchant pas à pas, Vers son but, loin, très loin, là-bas. S'imaginer à chaque jour, à chaque heure, Admirant ces montagnes, ces villages, ces fleurs Qui semblent nous insuffler leur bonheur. S'imaginer avançant en pleine lumière, Partageant avec des gens de partout sur la terre, Et n'avoir pratiquement rien d'autre à faire
Et, au gré de nos pas, découvrir une multitude d'endroits Qu'on laisse à regret derrière soi. Ils nous offrent de l'eau, un repas, un toit, Mais souvent bien plus que ça : Un concert mémorable à San Juan de Ortega, Un paysan me cueillant des fraises près d'Astorga, Une veuve des plus attachantes à Calzada del Coto, Un extraordinaire hospitaliero à Villafranca del Bierzo, Et celui si attentionné de Ruitelan, près de O'Cebreiro...
Mais le camino c'est aussi Le vent, le froid, la boue, la pluie Et les ronfleurs la nuit... C'est parfois avancer à deux kilomètres/heure Tellement les pieds, les jambes ont de douleurs, Et ce, avec dix kilos sur le dos et sous une intense chaleur... C'est avoir de plus en plus faim Alors que le prochain village est encore loin Et qu'il ne reste qu'un petit bout de pain...
Pouvez-vous ressentir la fierté éprouvée, l'étape complétée, Lorsqu'on réalise la volonté qu'il faut posséder Pour pouvoir continuer sans même songer à abandonner? Oui, quelle immense et indicible joie De découvrir une telle force en soi Et de savoir qu'elle sera toujours là... Quelle belle preuve du pouvoir de la claire vision Comme puissant générateur de motivation Conduisant aux plus riches réalisations!
Peut-être est-ce là le plus grand cadeau Que m'a fait Santiago Et son incomparable camino. A moins que ce ne soit Tous les gens que j'ai connus là-bas Et qui font désormais partie de moi. A vous, mes amis si brièvement croisés, Avez-vous seulement idée De tout ce que vous m'avez légué?
Il y a ce couple québécois rencontré Dans le train vers la félicité. Carole et Gaston, des noms à jamais gravés Puisque nous avons partagé Trois incomparables journées : Les premières de cette folle équipée. Nous étions à peine lancés Sur ce célèbre sentier Qu'il me fallait déjà vous quitter...
D'autres sont venus vous relayer. Il y en a tant, impossible de tous les nommer. Mais il en est qu'il faut souligner. Toi, Grégorio, avec qui je partageais si peu de mots. Et toi, Giorgio, qui, selon certains, en avait trop... A vous, mon ange Léo, José Manuel, Antonio et Santiago Qui avez généreusement porté mon sac à dos Lorsque je souffrais de tant de maux, Je ne vous remercierai jamais trop.
Aussi il y a Yolande,Danièla et Marsha, Nicole, Pierre, Andrée, Jean et Michel Que j'ai pu retrouver à Compostelle. Jacques, Jean-Jacques et Bernard Qu'il ferait vraiment bon revoir. Et enfin, un couple sans pareil, Edith et Michel, Dont la grandeur d'âme m'interpelle... Et toi, Stéphanie, ma chère amie de Paris, Dont la profondeur dépasse largement les années de vie...
Il y aurait tellement plus à raconter : les refuges dépareillés, L'inégale difficulté des sentiers, les repas partagés, Les sourires et conversations échangés, les pieds à panser... Tant de souvenirs toujours vivaces Qui laissent en moi une trace tenace Pénétrant loin sous la surface. Une trace de plus en plus visible Car elle m'a ouvert un univers de possibles, Et me rend à chaque instant plus disponible...
Mais la marque la plus profonde, Celle qui calme le mieux mon âme vagabonde Déjà prête à repartir de par le monde, Est celle laissée par l'enseignement Probablement le plus important : Celui d'aligner constamment mon comportement Sur ce qui compte vraiment, Puis de regarder droit devant Et d'aller inlassablement de l'avant...
Car le camino est à n'en pas douter Un formidable exercice de priorité aux priorités Continuellement répété pour mieux l'intégrer... Et pour bien identifier mes priorités Les routes d'Espagne m'ont procuré Mille occasions de confirmer l'importance d'écouter : Meilleure est l'écoute, moins il y a de doute, Plus je sais que je suis sur la bonne route. Là réside la clé de voûte... D'abord indéniablement extérieur, Le voyage est donc devenu intérieur Et se situe maintenant au niveau du coeur. Tel un long, très long sillon, Devenant à chaque pas de plus en plus profond, Le camino cultive la voie de la transformation. Maintenant enfouie, la couche superficielle Laisse toute la place pour l'essentiel. Voilà pourquoi Compostelle me donne des ailes...
Ayant terminé son travail de labour, Santiago me trace désormais le chemin du retour : Devenir moi aussi à mon tour Avec ceux et celles qui m'entourent Une source de joie, de simplicité et d'amour Qui éclaire et embellit chacun de leurs jours. Un gros mais très beau défi À la hauteur de ce chemin de vie Qui me conduit vers l'infini...
Texte de Danielle Leboeuf, Site internet : http://caminophotos.free.fr St-Jean-Pied-de-Port à Santiago de Compostela
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