Retrouvez Pierre de Ronsard sur le Voyage Littéraire
Le prince des poètes : Pierre de RONSARD

Le 11 septembre 1524 Pierre de Ronsard voit le jour au manoir de La Possonnière. Son père, Loys de Ronsard, était chevalier et maître d’hôtel des enfants de François 1er. Sa mère était Jeanne Chaudrier.
A 12 ans Pierre de Ronsard entre comme page à la cour du Roi et devient un ami d’enfance du futur roi Henry II. En sa qualité de page, il suit les enfants de François 1er dans tous leurs déplacements. Il part en Ecosse, puis en Allemagne (chez un cousin), ensuite en Flandres et enfin il rentre en Alsace où il devient écuyer. A la suite d’une otite chronique il devient à moitié sourd et perd tout espoir de faire une carrière militaire.
De retour à La Possonnière, il rencontre Paul Duc qui lui fait découvrir Virgile et Horace. C’est à ce moment qu’il commence à s’intéresser à la poésie et à la littérature. Il décide de tenter une vie de poète contre l’avis de son père qui veut l’inscrire à Parsi en Cours de faculté de décrets. En 1543, Pierre de Ronsard va, avec son père, aux obsèques de Guillaume du Bellay au Mans. Afin d’avoir un petit revenu, il décide de se faire clerc pour toucher un revenu ecclésiastique. A cette occasion, il rencontre Jacques Peletier du Mans, secrétaire de l’évêque René du Bellay.
En 1544, et après la mort de son père, Pierre de Ronsard décide de partir chez un de ses cousins : Lazare de Baïf. Ce dernier le convainc de prendre des cours de grec avec Antoine de Baïf.
Un an après la mort de son père, c’est sa mère qui décède en 1545. Deux ans plus tard il descend au collège de Coqueret (Paris) et se lie d’amitié avec les futurs membres de La Pléïade (Joachim du Bellay, Etienne Jodelle, Jacques Peletier du Mans, Pontus de Tyard, Dorat – son professeur de grec, Jean Antoine de Baïf et Rémi Belleau).
Entre temps il rencontre deux muses : Cassandre Salviati (fille d’un banquier proche de Catherine de Médicis) et Marie l’Angevine. a la suite de ces aventures il écrira respectivement Les Amours en 1552 et Odes à Marie
Charles IX devient son protecteur et le nomme poète officiel de la Cour de France. On le surnomme le poète des princes et le prince des poètes (entre 1550 et 1558). En 1558, il devient le poète officiel du Roi Henri II. Durant les guerres de religion les massacres et les assassinats entre protestants et catholiques, Ronsard publie des œuvres dans lesquelles on voie ses idées en faveur de la politique contre les huguenots (Discours de la Misère de ce temps et Remontrance au peuple de France). Et à ceux qui ne partagent pas ces opinions il répond dans Réponses aux injures.
En 1572 il entame une œuvre dédiée à Charles IX. Il prévoit 12 chants mais lorsque le quatrième est écrit le Roi meurt et le poète perd son inspiration et ne peut finir La Franciade.
En 1573, des cousins de Pierre de Ronsard organisent un meurtre pour récupérer un héritage d’un des leurs.
Le nouveau roi Henri III enlève à Pierre de Ronsard son titre de poète officiel de la Cour au profit de Philippe Desportes en 1575. Rejeté, il se rend dans un de ses prieurés de Touraine à Saint Cosme près de Tours. Il rencontre une nouvelle muse : Hélène de Surgères (qui fait partie de l’entourage de la reine Catherine) et lui écrit 130 sonnets d’amours en 1578 (Sonnets à Hélène).
Alors que Noël est passé de deux jours, Pierre de Ronsard meurt le 27 décembre 1885 à l’âge de 61 ans.
Suite à sa mort, il continue d'être vénéré et admiré jusqu'au début du dix-septième siècle. Une grande édition de 1623 le qualifie même de Prince des poètes Français. Puis il faudra attendre 1857 pour que ses oeuvres soient à nouveau éditées. Entre temps il essuya maintes critiques, dont celle de Jules Michelet : " Il frappait comme un sourd sur la pauvre langue française" n'est pas la plus virulante.
Les écrivains de la seconde partie du dix-neuvième, Sainte-Beuve, Flaubert, et Maupassant, le sortent enfin de son purgatoire. Au vingtième siècle, il inspire Debussy, Saint-Saens, Ravel, Poulenc et Milhaud.
En 1949, André Gide, dans son anthologie de la Poésie française, lui rend hommage : " Les poètes qui l'entourent ou qui lui succèdent sont, près de lui, froids, incertains, compassés, timorés."
Aujourd'hui celui qui fut l'un de ceux qui créa la langue poétique reste celui qui écrivit " Mignonne, allons voir si la rose." La carrière poétique de Ronsard s'étend sur une trentaine d'années (1550-1585): cette longue période de production lui a permis de s'essayer à presque tous les genres, depuis les poèmes de circonstances jusqu'aux poésies plus personnelles.
Il mourut dans sa retraite, près de Tours, le 27 décembre 1585.
LE VOYAGE DE TOURS ou LES AMOUREUX (Poème de Pierre de Ronsard dédié à Marie la jeune paysanne)
C'était en la saison que l'amoureuse Flore
Faisait pour son ami les fleurettes éclore
Par les prés bigarrés d'autant d'émail de fleurs
Que le grand arc du ciel s'émaille de couleurs;
Lorsque les papillons et les blondes avettes,
Les uns chargés au bec, les autres aux cuissettes,
Errent par les jardins, et les petits oiseaux,
Voletant par les bois de rameaux en rameaux,
Amassent la becquée et parmi la verdure
Ont souci comme nous de leur race future.
Thoinet, au mois d'avril passant par Vendômois,
Me mena voir à Tours Marion que j'aimois,
Qui aux noces était d'une sienne cousine;
Et ce Thoinet aussi allait voir sa Francine,
Que Vénus enfonçant un trait plein de rigueur
Lui avait d'une plaie écrite dans le coeur.
Nous partîmes tous deux du hameau de Coutures;
Nous passâmes Gastine et ses hautes verdures,
Nous passâmes Marré, et vîmes à mi-jour
Du pasteur Phelippot s'élever la grand tour
Qui de Beaumont-la-Ronce honore le village
Comme un pin fait honneur aux arbres d'un bocage.
Ce pasteur, qu'on nommait Phelippot, tout gaillard,
Chez lui nous festoya jusques au soir bien tard.
De là vînmes coucher au gué de Lengerie,
Sous les saules plantés le long d'une prairie;
Puis dès le point du jour, redoublant le marcher,
Nous vîmes dans un bois s'élever le clocher
De Saint-Côme près Tours, où la noce gentille
Dans un pré se faisait au beau milieu de l'île.
Là Francine dansait, de Thoinet le souci,
Là Marion ballait, qui fut le mien aussi;
Puis, nous mettant tous deux en l'ordre de la danse,
Thoinet tout le premier cette plainte commence:
"Ma Francine, mon coeur, qu'oublier je ne puis,...
Je suis, s'il t'en souvient, Thoinet, qui, dès jeunesse,
Te voyant sur le Clain, t'appela sa maîtresse,
Qui musette et flageol à ses lèvres usa
Pour te donner plaisir; mais cela m'abusa
Car te pensant fléchir comme une femme humaine,
Je trouvai ta poitrine et ton oreille pleine,
Hélas, qui l'eût pensé! de cent mille glaçons,
Lesquels ne t'ont permis d'écouter mes chansons.
Et toutefois le temps, qui les prés de leurs herbes
Dépouille d'an en an et les champs de leurs gerbes,
Ne m'a point dépouillé le souvenir du jour,
Ni du mois où je mis en tes yeux mon amour.
Ni ne fera jamais, voire eussé-je avalée
L'onde qui court là-bas sous l'obscure vallée.
C'était au mois d'Avril, Francine, il m'en souvient,
Quand tout arbre fleurit, quand la terre devient
De vieillesse en jouvence, et l'étrange arondelle
Fait contre un soliveau sa maison naturelle,
Quand la limace, au dos qui porté sa maison,
Laisse un trac sur les fleurs, quand la blonde toison
Va couvrant la chenille, et quand parmi les prées
Volent les papillons aux ailes diaprées,
Lorsque fol je te vis, et depuis je n'ai pu
Rien voir après tes yeux que tout ne m'ait déplu...
O belle au doux regard, Francine au beau sourcil,
Baise-moi, je te prie, et m'embrasses ainsi
Qu'un arbre est embrassé d'une vigne bien forte.
Souvent un vain baiser quelque plaisir apporte.
Je meurs! tu me feras dépecer ce bouquet,
Que j'ai cueilli pour toi, de thym et de muguet,
Et de la rouge-fleur qu'on nomme Cassandrette,
Et de la blanche-fleur qu'on appelle Olivette,
A qui Bellot donna et la vie et le nom,
Et de celle qui prend de ton nom son surnom."...
Ainsi disait Thoinet, qui se pâma sur l'herbe
Presque transi de voir sa dame si superbe,
Qui riait de son mal, sans daigner seulement
D'un seul petit clin d'oeil apaiser son tourment.
J'ouvrais déjà la lèvre après Thoinet, pour dire
De combien Marion m'était encore pire,
Quand j'avise sa mère en hâte gagner l'eau
Et sa fille emmener avec elle au bateau,
Qui se jouant sur l'onde attendait cette charge,
Lié contre le tronc d'un saule au faîte large.
Jà les rames tiraient le bateau bien pansu,
Et la voile en enflant son grand repli bossu
Emportait le plaisir qui mon coeur tient en peine,
Quand je m'assis au bord de la première arène
Et, voyant le bateau qui s'enfuyait de moi,
Parlant à Marion, je chantai ce convoi:
"Bateau, qui par les flots ma chère vie emportes,
Des vents en ta faveur les haleines soient mortes,
Et le banc périlleux, qui se trouve parmi
Les eaux, ne t'enveloppe en son sable endormi!
Que l'air, le vent et l'eau favorisent ma dame,
Et que nul flot bossu ne détourbe sa rame!
En guise d'un étang, sans vague, paresseux,
Aille le cours de Loire, et son limon crasseux
Pour ce jourd'hui se change en gravelle menue,
Pleine de maint rubis et mainte perle élue!
Que les bords soient semés de mille belles fleurs,
Représentant sur l'eau mille belles couleurs,
Et le troupeau Nymphal des gentilles Naïades
Alentour du vaisseau fasse mille gambades,
Les unes balayant des paumes de leurs mains
Les flots devant la barque, et les autres leurs seins
Découvrant à fleur d'eau, et d'une main ouvrière
Conduisant le bateau du long de la rivière!
L'azuré martinet puisse voler devant...
Et le héron criard, qui la tempête fuit,
Haut pendu dedans l'air ne fasse point de bruit!
Ains tout gentil oiseau qui va cherchant sa proie
Par les flots poissonneux, bienheureux te convoie,
Pour sûrement venir avec ta charge au port,
Où Marion verra peut-être sur le bord
Un orme des longs bras d'une vigne enlacée,
Et la voyant ainsi doucement embrassée
De son pauvre Perrot se pourra souvenir,
Et voudra sur le bord embrassé le tenir...
"Je veux faire un beau lit d'une verte jonchée
De pervenche feuillue encontre-bas couchée,
De thym qui fleure bon et d'aspic porte-épi,
D'odorant poliot contre terre tapi,
De neufard toujours vert, qui la froideur incite,
Et de jonc qui les bords des rivières habite.
"Je veux jusques au coude avoir l'herbe, et je veux
De roses et de lis couronner mes cheveux.
Je veux qu'on me défonce une pipe angevine
Et, en me souvenant de ma toute divine,
De toi, mon doux souci, épuiser jusqu'au fond
Mille fois ce jourd'hui mon gobelet profond,
Et ne partir d'ici jusqu'à tant qu'à la lie
De ce bon vin d'Anjou la liqueur soit faillie...
"Quel passe-temps prends-tu d'habiter la
Vallée De Bourgueil, où jamais la Muse n'est allée?
Quitte-moi ton Anjou, et viens en Vendômois:
Là s'élèvent au ciel le sommet de nos bois,
Là sont mille taillis et mille belles plaines,
Là gargouillent les eaux de cent mille fontaines,
Là sont mille rochers, où Echon alentour
En résonnant mes vers ne parle que d'amour.
Ou bien, si tu ne veux, il me plaît de me rendre
Angevin, pour te voir et ton langage apprendre;
Et pour mieux te fléchir, les hauts vers que j'avois
En ma langue traduit du Pindare Grégeois,
Humble, je veux redire en un chant plus facile
Sur le doux chalumeau du pasteur de Sicile.
Là parmi tes sablons Angevin devenu,
Je veux vivre sans nom comme un pauvre inconnu,
Et dès l'aube du jour avec toi mener paître
Auprès du Port-Guyet notre troupeau champêtre;
Puis, sur le chaud du jour, je veux en ton giron
Me coucher sous un chêne, où l'herbe à l'environ
Un beau lit nous fera de mainte fleur diverse,
Pour nous coucher tous deux sous l'ombre à la renverse;
Puis au Soleil penchant nous conduirons nos boeufs
Boire le haut sommet des ruisselets herbeux,
Et les reconduirons au son de la musette,
Puis nous endormirons dessus l'herbe mollette.
Là sans ambition de plus grands biens avoir,
Contenté seulement de t'aimer et te voir,
Je passerais mon âge, et sur ma sépulture
Les Angevins mettraient cette brève écriture:
- Celui qui gît ici, touché de l'aiguillon
Qu'amour nous laisse au coeur, garda comme Apollon
Les troupeaux de sa dame, et en cette prairie
Mourut en bien aimant une belle Marie;
Et elle après sa mort mourut aussi d'ennui,
Et sous ce vert tombeau repose avecque lui
." A peine avais-je dit, quand Thoinet se dépâme
Et, à soi revenu, allait après sa dame;
Mais je le retirai le menant d'autre part
Pour chercher à loger, car il était bien tard.
Nous avions jà passé la sablonneuse rive
Et le flot qui bruyant contre le pont arrive,
Et jà dessus le pont nous étions parvenus,
Et nous apparaissait le tombeau de Turnus,
Quand le pasteur Janot tout gaillard nous emmène
Dedans son toit couvert de javelles d'aveine.
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